Aurons-nous du chocolat français lors des fêtes de Noël des prochaines années ? Peut-être, grâce à un nouveau mouvement de production et de transformation du cacao en Guyane.
En 2020, Pierre Johnson a coordonné une étude pour le développement d’une filière « cacao et chocolat durables de Guyane« , à la demande d’une entreprise mécène et de la Chambre d’agriculture de Guyane, dans le cadre du bureau d’études coopératif Tero. Avec Cesar Paz, créateur de la coopérative Norandino au Pérou, nous avons rencontré en début d’année l’ensemble des producteurs et des acteurs susceptibles d’appuyer ce secteur. Réunis début novembre en atelier durant deux jours, les producteurs actuels et prospectifs et leurs appuis éventuels ont partagé leurs expériences et construit ensemble une vision pour l’avenir de la filière, un cacao et un chocolat d’excellence, fait en Guyane et donc en France. Premier bilan ci-dessous.

 

En Guyane, les premières plantations de cacao ont plus de 200 ans, mais la plupart sont aujourd’hui à l’abandon. Les producteurs de cacao et de chocolat se comptent encore sur les doigts d’une seule main, mais plusieurs agriculteurs ont planté des cacaoyers et commence à participer au développement de cette filière. Le potentiel commercial de cette filière est en effet importante pour les années à venir. La production actuelle, de quelques 30 000 tablettes et plusieurs milliers de bâtons de cacao (un produit traditionnel pour la cuisine), est écoulée sans problème depuis plusieurs années sur le territoire guyanais, malgré des prix de vente élevés. Par ailleurs, une variété locale génétiquement homogène, baptisée guiana, est en cours de caractérisation biologique et organoleptique, sous l’encadrement du CIRAD, Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement, même si les résultats ne devraient pas être connus avant plusieurs années, elle devrait contribuer à la diversité et l’attractivité du cacao guyanais.
Le chocolat guyanais attire les consommateurs pour sa valeur patrimoniale, découlant de plantations anciennes, exploitées extensivement, ou nouvelles, développées suivant des modèles agroécologiques. Les producteurs – transformateurs de cacao en Guyane ont pour la plupart une démarche individuelle. Différents modèles de production ont été observés et analysés :
  • Cueillette sur plantations patrimoniales avec entretien à minima ;
  • Plantation de cacao sous ombrage avec défrichage sélectif ;
  • Association cacaoyers-fruits (en cours de réalisation),
  • Agroécologie intensive mécanisée.

Sur le plan technique, des efforts importants doivent être dirigés vers les étapes de la production, encore insuffisante, de la première transformation, consistant en la fermentation et séchage du cacao, afin d’aboutir à un produit de qualité supérieure. Les ateliers que nous avons organisés les 4 et novembre 2020 ont clairement montré le désir et le besoin d’échange et de partage de pratiques, de savoir-faire et de questions, afin d’engranger un processus d’apprentissage mutuel et d’inciter d’autres producteurs à se lancer dans la filière. L’investissement envisagé par une PME locale et de plusieurs agriculteurs dans une chocolaterie de petite échelle représentera un moteur pour le développement de la filière cacao – chocolat en Guyane dès 2021.

Ce développement nécessitera cependant des efforts collectifs importants sur une durée d’au moins 5 ans sur les plans de la formation et de l’accompagnement technique à la production et à la première transformation, de l’investissement dans des outils de transformation et de l’orientation de marché. La vision commune partagée par tous les acteurs est celle d’une production locale de haute qualité. D’abord destinée au marché local, puis à l’exportation, sa valorisation reposera sur une démarche collective de valorisation, par une marque collective ou même une indication géographique protégée. La certification biologique et/ou équitable de la production locale pourra également contribuer à la visibilité de ce produit du terroir guyanais.

Le cacao de Guyane pourra être ainsi un produit exprimant pleinement l’identité guyanaise dans toute sa richesse et sa diversité, par sa qualité et par la valorisation de son histoire et de son territoire, sur les plans culturel, social et écologique. Nul doute que le cacao guyanais fera parler de lui.

Les années 2021-2025 devraient ainsi être porteuses d’une progression importante de la culture de cacao et de la production de chocolat en Guyane !

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